LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

Chapitre 1 : Phonétique du français

Introduction

 

    La linguistique est la science des langues et du langage[1].

    La linguistique a pour objet l’étude scientifique des langues […][2].

 

Le langage humain est un phénomène assez extraordinaire :

-         Par le simple fait de faire bouger les cordes vocales d'une certaine façon, nous pouvons influencer une autre personne d'une manière prévisible.

-         Très souvent, les énoncés que nous entendons et que nous prononçons sont nouveaux pour nous: c'est la première fois de notre vie que nous les utilisons. Pour le dire autrement, les langues se caractérisent par l'ouverture et par la créativité.

-         Mais en même temps, en comparant les différentes langues entre elles, nous constatons des traits communs essentiels partagés par toutes. Les paramètres de l'ouverture semblent donc fixés de façon assez sévère.

-         Non seulement avons-nous la capacité de manipuler un nombre énorme de mots et de phrases, mais nous pouvons aussi ajuster notre utilisation de la langue pour tenir compte du contexte.

-         Il n'existe pas deux personnes qui parlent de la même façon. C'est même l'existence de ce genre de variation qui nous permet d'identifier notre interlocuteur au téléphone, par exemple. Mais malgré ces divergences interindividuelles, nous comprenons la plupart des phrases que nous entendons.

 

Malgré la richesse de nos capacités linguistiques, il n'existe jusqu'à présent aucune grammaire complète d'aucune langue humaine. Nous savons comment parler, mais dans l'ensemble, nous avons beaucoup de difficulté à expliciter ce que nous savons. C'est justement la tâche de la linguistique: rendre explicite ce que nous savons sur la langue.

La linguistique moderne décrit de manière scientifique la langue dans l’ensemble de ses manifestations. Elle est et n’est pas à la fois une grammaire[3].

-      La linguistique est une grammaire dans le sens où elle vise à rendre compte du fonctionnement d’une langue dans tous ces aspects : phonétique, phonologique, syntaxique, morphologique.

-      La linguistique n’est pas une grammaire dans le sens où elle ne prône aucunement l’existence d’une norme prescrivant les règles d’un bon usage, elle cherche à décrire pour mieux comprendre. Exemple : L’heure est tombée ! Que peut-on penser de cette phrase ?

D’un point de vue normatif, elle est incorrecte : « C’est l’heure ». Cependant, elle est d’usage, elle est syntaxiquement correcte et elle a un sens.

Je vous propose une définition du terme Linguistique, définition donnée par le Dictionnaire de la linguistique de Georges Mounin, éd. PUF, 2004:

« Science du langage, c’est-à-dire étude objective, descriptive et explicative de la structure, du fonctionnement (linguistique synchronique) et de l’évolution dans le temps (linguistique diachronique) des langues naturelles humaines. S’oppose ainsi à la grammaire (descriptive et normative) et la philosophie du langage (hypothèses métaphysique, biologiques, psychologiques, esthétiques sur l’origine, le fonctionnement, la signification anthropologiques possibles du langage).»

En conclusion si l’objet de la linguistique générale est l’étude des conditions générales du fonctionnement des langues, celui de la linguistique française est l’étude du fonctionnement de la langue française.  Qu’entendons-nous par langue française ?

Le français est la langue première/maternelle en France d’une immense majorité de la population. C’est aussi la langue de la presse, de la télévision, de l’administration, de la scolarisation et de  l’enseignement. C’est également la langue première/maternelle d’une partie de la population belge, suisse, canadienne. Ailleurs, le français, en tant que langue seconde, est également parlé dans certains pays africains anciennement colonisés par la France ou la Belgique (Djibouti, Rwanda…).  En France ou ailleurs, cette langue évolue avec d’autres langues[4]. Il existe plusieurs variétés de français. Chacune avec ces particularités linguistiques. Alors quelle variété étudiée dans ce cours ? Nous avons choisi celle dite « standard ».

 

 

 

1. Définition

La phonétique est l’étude de l’émission et de la réception des sons du langage articulé (ou phones). Elle est don étroitement liée à l’anatomie, à la physiologie et à l’acoustique. Elle étudie les sons du point de vue de leur propriété physique[5].  Elle exclut les autres sons produits par les êtres humains, même s'ils servent parfois à communiquer (les toux, les raclements de gorge). Elle exclut aussi les sons non-humains.

La phonologie, prend pour objet les sons du langage qu’elle étudie du point de vue de leur fonction distinctive dans le système de la langue. Elle analyse dans telle ou telle langue particulière, leur distribution dans la chaine parlée, leurs combinaisons, leurs oppositions[6].

 

2- Les branches de la phonétique

Le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage réalisé sous la direction de Jean Dubois définit précisément (p. 361) ces différentes branches : « La phonétique générale étudie l’ensemble des possibilités phonétiques de l’homme à travers toutes les langues naturelles. La phonétique comparée étudie les sons qui apparaissent dans deux ou plusieurs langues. La phonétique appliquée se limite aux particularités phonétiques d’un système vocal déterminé, langue ou dialecte (phonétique française, anglaise, etc.). La phonétique historique peut suivre l’évolution des sons au cours de l’histoire de la langue tandis que la phonétique descriptive les étudie à un moment donné de cette évolution. »

3- La transcription phonétique : l’API

Pour représenter les principaux sons ou phonèmes des langues naturelles, la graphie traditionnelle n'étant pas adéquate, les phonéticiens recourent à des systèmes de symboles ou alphabets phonétiques. Le plus utilisé est l’alphabet phonétique international dit API (cf. tableau ci-dessous tiré du Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage réalisé sous la direction de Jean Dubois). Les dictionnaires de langue comme le Robert pour le français ou le Oxford Dictionary pour l'anglais, donnent entre crochets la prononciation transcrite en API de chaque entrée. Cet alphabet phonétique a été élaboré à partir de 1886 par des membres de l'Association phonétique internationale, notamment Daniel Jones, Henry Sweet et le français Paul Passy.

 

4. Classification et caractéristiques articulatoires des sons du français

Pour définir les caractéristiques articulatoires des phonèmes, les phonéticiens utilisent des termes qui dérivent des noms latins des différentes parties notamment de la cavité buccale (cf. schéma reproduit ci-dessous). Connaître ces noms latins permet de mieux comprendre cette terminologie ; par exemple, l'adjectif apical dérive d'apex, apicis qui désigne la pointe de la langue ; l'adjectif palatal dérive de palatum qui désigne le palais ; l'adjectif vélaire dérive de velum qui désigne le voile du palais, l'adjectif uvulaire dérive d'uvula qui désigne la  luette, etc.

L’instrumentation physiologique (laryngoscopie, radiologie, stroboscopie, palatographie...) fournit à la phonétique articulatoire des données relativement précises luire permettant de décrire l'articulation des différents phonèmes.

Le français comporte 36 articulations : 16 voyelles, 3 semi-consonnes, 17 consonnes. Pour décrire et classer les articulations de ces différents phonèmes, plusieurs paramètres entrent en jeu. Nous allons les passer en revue, ce qui nous permettra de préciser un certain nombre de notions qui constituent les traits articulatoires définissant l'articulation des phonèmes.

 

4-1         Distinction consonne/voyelle

Au préalable, il convient toutefois de s'interroger sur la distinction entre voyelles et consonnes. Cette distinction qui semble aller de soi s'appuie traditionnellement sur des critères subjectifs peu probants : les voyelles seraient les produits de la voix et pourraient être émises seules, tandis que les consonnes ne pourraient « sonner » qu’avec les voyelles (ex. on dit [be] pour b). Ce critère fonctionnel qui justifie le nom même de consonne (« qui sonne avec ») convient pour certaines langues (latin, grec, italien, espagnol, par exemple) mais pas pour toutes. En français notamment, on peut contester le fait que les consonnes requièrent toujours la présence d'une voyelle pour constituer une syllabe ; ce n'est pas le cas dans des mots comme prendre [pe/de] ou (litre) [te].

On invoque aussi parfois un critère auditif selon lequel les voyelles seraient plus audibles que les consonnes. Or les études de phonétique expérimentale ont montré que ce n'est pas toujours le cas : si des voyelles comme [Σ] ou [s] sont en effet parmi les phonèmes les plus audibles, en revanche d'autres voyelles comme [i] ou [y] sont moins audibles que des consonnes comme [ Ȑ ] ou [ ȓ ].

Le critère permettant de distinguer de façon opératoire les voyelles des consonnes a été mis en évidence par Georges Straka à la suite de plusieurs phonéticiens russes, preuves expérimentales à l'appui. C'est le critère de l'énergie articulatoire que G. Straka[7] expose ainsi :

« Une consonne prononcée faiblement et la même consonne prononcée énergiquement ne sont pas réalisées de façon identique, et il en est de même pour une voyelle articulée avec un effort musculaire amoindri par rapport à la même voyelle articulée avec énergie. Mais la diminution de l'énergie articulatoire et son augmentation ne produisent pas les mêmes effets sur le comportement d'une articulation consonantique et sur celui d'une articulation vocalique [...] Pour une consonne, l'augmentation de la force articulatoire produit un rapprochement des maxillaires et un resserrement du canal buccal, c'est-à-dire une diminution à la fois de l'angle des maxillaires et de l'aperture, tandis que, pour les voyelles, c'est exactement le contraire qu'on observe : écartement des maxillaires et élargissement du canal buccal, c'est-à-dire agrandissement à la fois de l'angle des maxillaires et de l'aperture. Autrement dit, sous l'effet du renforcement de l'énergie articulatoire, la consonne se ferme et la voyelle s'ouvre. Inversement, sous l'effet de l'affaiblissement articulatoire, la consonne s'ouvre et la voyelle se ferme. »[8]

Ce critère de distinction entre voyelles et consonnes a été appliqué aux phonèmes habituellement considérés comme semi-voyelles ou semi-consonnes : [j], [w] et [ǵ] et l'observation des effets de la variation de l'énergie articulatoire démontre que ces trois phonèmes ont des caractéristiques articulatoires analogues à celles des consonnes. Leur classement à part ne se justifie donc pas. Nous allons maintenant examiner successivement les traits articulatoires permettant de définir l'articulation des voyelles du français et ceux qui permettent de définir l'articulation des consonnes et des semi-consonnes du français.

 


 

4-2         Caractéristique des consonnes

 

Pour l’articulation des consonnes, le passage de l’air à travers la cavité buccale n’est pas libre, à la différence de ce qui se passe pour les voyelles, mais il est partiellement ou totalement obstrué. Chaque consonne se définit par quatre caractéristiques :

    Opposition de sonorité ou de voisement : le son fait-il (ou non) intervenir les cordes vocales.

Cette différenciation est associée à l’énergie articulatoire. « Les sourdes sont fortes et les sonores sont douces, et ce, d'autant plus qu'elles sont constrictives, nasales ou semiconsonnes. »[9] Si elles vibrent au moment du passage de l’air, le phonème est dit « sonore ». S’il ne fait pas vibrer les cordes vocales, le son est dit « sourd ». Ces phénomènes correspondent exactement deux par deux ce qui permet de les classer par paire. 

Sourdes

Sonores

[ p ]

[ b ]

[ f  ]

[ v  ]

[ t  ]

[ d ]

[ s ]

[ z  ]

[ ʃ  ]

[ ʒ ] 

[ k ]

[ g ]

 

    Le lieu d'articulation (ou point d'articulation). Pour réaliser un phonème consonantique, on doit mettre en action deux organes de la cavité buccale, un organe fixe et un organe mobile. Le point d’articulation est le point de rencontre ou de rapprochement d’un organe fixe et d’un organe mobile.

- Organes fixes (organes de la cavité buccale qui ne peuvent aller à la rencontre d’un autre) : la lèvre supérieure, les dents supérieures, les alvéoles, le palais dur, le velum.

- Organes mobiles (ceux qui vont à la rencontre des organes fixes) : la lèvre inférieure, l’apex, le dos de la langue, la racine de la langue. Il est possible de définir 6 modes d’articulations qui portent le nom des organes concernés (voir liste jointe). 

 bilabiale  

La lèvre inférieure avec la lèvre supérieure.

[ p ] ,   [ b ] ,   [ m ]

labio-dentale

La lèvre inférieure avec les dents du haut.

[ f  ] ,   [ v  ]

apico-dentale

L’apex (extrémité de la langue) avec les dents du haut.

[ t  ] ,   [ d ]   ,   [ n ]

apico-alvéolaire

L’apex avec les alvéoles (renflement alvéolé en arrière des dents du haut). 

 

[ s ] ,   [ z  ]    ,   [ l ]

dorso-palatale  

Le dos de la langue avec le palais dur (voûte du palais qui sépare la cavité buccale des fosses nasales)

 [ ʃ  ] ,   [ ʒ ]

vélaire   :  

 

[ k ] ,   [ g ]   ,   [ ɲ ]

    

Il faut noter les variations de point d'articulation des consonnes occlusives vélaires [k] et [g] selon la voyelle qui les suit : lieu d'articulation post-palatal lorsqu'elles sont suivies d'une voyelle antérieure comme [i] qui « attire » leur articulation vers l'avant ; lieu d'articulation pré-vélaire lorsqu'elles sont suivies de la voyelle [a] qui est articulée moins en avant que les autres voyelles antérieures ; lieu d'articulation post-vélaire lorsqu'elles sont suivies des voyelles postérieures (ou vélaires) [o], [ Σ] et [u] qui « attirent » leur articulation vers l'arrière.

 

    Le mode d'articulation qui permet de distinguer les occlusives et les fricatives.

-      Les occlusives : l’organe mobile et l’organe fixe sont en contact serré ; l’air bloqué s’accumule dans la cavité buccale et s’échappe d’un seul coup avec un bruit de plosion.

-      Les fricatives : l’organe mobile se rapproche de l’organe fixe sans le toucher ; l’air est gêné pour sortir et passe avec un bruit de friction (resserrement du passage de l’air).

Sons sourds et sons sonores fonctionnent par paire. En conséquence, si l’un des deux sons est occlusif, le son équivalent le sera aussi. 

Occlusives

Fricatives, constrictives

[ p ]     donc     [ b ]

[ f  ]    donc     [ v  ]

[ t ]      donc     [ d ]

[ s ]     donc     [ z  ]

[ k ]     donc     [ g ]

[ ʃ ]     donc     [ ʒ ]

 

Dans les constrictives, on distingue les latérales (pour [l] l’air s'échappe des deux côtés de la langue, latéralement) et les médianes (pour lesquelles l’air passe au centre).

 

 

 

On a aussi des mi-occlusives (ou affriquées, si l’on se réfère au plan auditif), très fréquentes en ancien français, et qui font encore partie du système standard actuel grâce à la prononciation de quelques mots d'origine étrangère : [ts] ou [dz] dans tsar, [t ʃ] dans tchèque, [dš] dans jazz, par exemple.

 

    La nasalisation qui nécessite la position abaissée du voile est associée à une fermeture du canal buccal. Ainsi [m], \n et [ɲ], sont des occlusives nasales sonores. Sur le plan acoustique les consonnes orales sont claires, les consonnes nasales sombres.

 

4-3         Caractéristique des semi-consonnes

 

Elles ont été intégrées au tableau des consonnes reproduit page précédente. Les semi-consonnes (ou semi-voyelles) [j ǵ w] appelées aussi glides (mot emprunté à l’anglais pour connoter leur rôle transitoire, littéralement « assurant un glissement ») ont une articulation voisine de celles des voyelles [i y u], mais les contacts et les frictions qu’elles réalisent ainsi que leur position syllabique (devant voyelle) les rapprochent des consonnes.

[j] est une dorso-palatale, c’est le yod de ciel [sjεl]

[ɥ] est une bilabio-palatale, ex. lui [lɥi]

[w] est une bilabio-vélaire, ex. Louis [lwi]

Dans le monde francophone, on peut aussi constater que les locuteurs belges, surtout les plus jeunes, ne savent plus prononcer le [ǵ] et prononcent [w] à la place : ainsi pour le chiffre huit, ils disent [wit] au lieu de [ɥit].

 

 

 

sourdes

sonores

sourdes

sonores

sourdes

sonores

sonores

sourde

sonore

sonore

 

bilabiales

labiodentales

apico-alvéolaires

dorso-palatales

vélaires

uvulaures

occlusives

orales

p

b

f

v

t

d

 

k

g

 

nasales

 

m

 

 

 

n

ɲ

 

 

 

constrictives

sifflantes

 

 

 

 

s

z

 

 

 

 

chuintante

 

 

 

 

ʃ

ʒ

 

 

 

 

latérale

 

 

 

 

l

 

 

 

 

 

Vibrantes

battues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

R

 

roulée

 

 

 

 

 

r

 

 

 

 

Semi consonnes

 

 

W

 

 

 

 

j/ɥ

 

 

 

 

 

4-4         Caractéristiques des voyelles

On considère que le système vocalique du français comporte au maximum seize voyelles et au minimum dix : selon les locuteurs et le style utilisé, un certain nombre de distinctions peuvent ne pas être réalisées.

 

a-Critères articulatoires

Quatre critères articulatoires permettent de distinguer les voyelles entre elles : l’oralité, l’arrondissement, l’antériorité et l’aperture.

 

 

 

§  Oralité   /   nasalité

 

Les voyelles orales se prononcent avec le voile du palais relevé, ce qui ferme le passage nasal.  En français elles sont les plus nombreuses. Douze voyelles sont attestées : [a],[ɑ],[i],[y],[u],[o],[ɔ],[ɛ],[e],[ø],[ɶ] et [ə]. La voyelle [ɑ] est très menacée, elle est en voie de disparition.

Les voyelles nasales se prononcent avec le voile du palais abaissé, ce qui laisse passer de l'air par la bouche et par le nez. En français quatre voyelles nasales sont attestées : [ ], [ ], [ ] et [ ]. La voyelle [ ] est très menacée, voire même en voie de disparition.

 

L'arrondissement   

 

Les voyelles arrondies sont ainsi nommée car lors de leur formation, les lèvres sont arrondies et projetées en avant. La français atteste 8 voyelles arrondies :  [y],  [u], [ø],  [ ɶ],  [o],  [ɔ ], [ ] et [ ]

Pour les voyelles non arrondies les lèvres sont écartées ou dans une position neutre: [i], [e], [ɛ ],  [a], [ ] et [ ].

 

Fermée / Ouverte    

Les voyelles fermées : la langue s'élève et il y a un rétrécissement de la cavité buccale, le rétrécissement peut être maximal comme pour [i], [y] et [u ] ou minimal comme pour  [e],  [ø] et [o]

 

Les voyelles ouvertes : La langue est en repos ou peu élevée et il y a une aperture dans la cavité buccale, l’aperture peut être maximale comme pour [a],  [ɑ ] et  [ ] ou minimal comme [ɛ], [ ], [ɔ], [ ],[ɶ] et [ ],

 

Antérieure / Postérieure   

Les voyelles antérieures (aigües): le bout de la langue se déplace vers l'avant de la bouche. Ils sont au nombre de 8 en français : [i], [y], [e], [ø], [ ], [ ],   [ ]  et  [a].      

 

Les voyelles postérieures (graves): le dos de la langue se masse dans l'arrière de la bouche : [u], [o], [ɔ], [ ɑ] et [ ]. Le [ ] postérieur de  “pâte” tend à ne plus être distingué du [a] antérieur de « patte ».

         

b-Tableau des voyelles du français

 

orales

nasales

 

antérieures

centrale

postérieures

antérieures

centrale

postérieures

 

non

arrondies

arrondies

 

non

arrondies

arrondies

non

arrondies

arrondies

 

non

arrondies

arrondies

fermées

i

y

 

 

u

 

 

 

 

 

mi-fermées

e

ø

 

 

o

 

 

 

 

 

moyennes

 

 

ə

 

 

 

 

 

 

 

mi-ouvertes

ɛ

ɶ

 

 

ɔ

 

 

 

 

 

ouvertes

a

 

 

ɑ

 

 

 

 

 

 

 

c-Trapèze vocalique

 

Antérieures                   centrale                 postérieures

 

 

 

5. La syllabe

5.1 Principes de syllabation

 

En français, une syllabe a toujours comme noyau une seule voyelle. Comme nous l'avons vu: 1 voyelle = 1 syllabe. Mais autour de cette voyelle, on peut trouver une ou plusieurs consonnes et une ou plusieurs semi-voyelles.

La syllabe est une structure hiérarchisée qui se compose de trois éléments obligatoires : l’attaque (A), le noyau (N) et la rime (R). La coda (C) est facultative. L’arbre syllabique du mot « bal» [bal] est le suivant :

 

 

S

R

A         N       C

b          a        l

Dans le cas d’un mot comme «bas» [bal] ,la représentation syllabique est :

S

R

A         N

b         a

Notons que la syllabation nécessite au préalable la transcription phonétique du mot. Ainsi, un mot comme «balle» comporterait une syllabe puis qu’il se prononce [bal] et non [balə].

 

5.2 Principaux types de syllabes françaises

 

Pour avoir une idée des différents types de syllabes françaises, je vous propose un tableau dans lequel figure les principales syllabes :

Syllabe ouverte

Cv

pot [pɔ]

CCv

bleu [blø]

Syllabe fermée

CvC

bal [bal]

 

CvCC

table [tabl]

 

CCvC

presse [pRɛs]

 

CCvCC

prêtre [pRɛtR]

 

6. La distribution du [ə]

Les mots du français, à l’état isolé, reçoivent un accent sur leur dernière syllabe : enfant, se chamaille. Cependant dès qu’ils s’associent à d’autres mots, ils forment une unité phonique (le groupe rythmique) et concèdent leur accent de mot au profit d’un accent de groupe de mots : un enfant polisson se chamaille avec sa sœur, [ nãfãpɔli’sõsəʃamajavɛksa’sɶr].[10]

 

Pronunciation facultative

Pronunciation

réalisée

Pronunciation non réalisée

initiale

Après une seule consonne : je veux, je ne viens pas

  • après deux consonnes : prenez
  • dans le pronom intérrogatif que:

que voulez-vous?

  • dans les oppositions: dehors / dors, le hêtre / l’être

jamais

médiane

dépend du style

après deux consonnes prononcées : il me dit, justement, une petite

Après une seule consonne prononcée : samedi [samdi], la petite [laptit]

Finale

jamais

Dans les mots ce, le et parce que accentués: prends-le, sur ce

Toujours: il aime [ilɛm], robe rouge [rɔbruʒ]

 

 

7. Lois de positionnement des voyelles dans la syllabe

En français, certaines voyelles très proches sur le plan articulatoire sont distribuées différemment en fonction du contexte syllabique. Ces voyelles sont soumises à la loi de position dans la syllabe. Il s’agit des couple [o]/[ɔ], [ø]/[ɶ] et [e]/[ɛ]. Dans une syllabe fermée, la voyelle est ouverte et dans une syllabe ouverte la voyelle est fermée.

Syllabe ouverte

Voyelle fermée

 

Syllabe fermée

Voyelle ouverte

peu

[pø]

 

peur

[pɶR]

peau

[po]

 

port

[pɔR]

maison

[mezõ]

 

faire

[fɛR]

 

8. L’assimilation phonétique

Dans la chaine parlée, les sons n’apparaissent que rarement isolés. Ils s’associent, s’influencent et se modifient diversement. Le phonéticien analyse ces phénomènes (parmi lesquels figurent les faits de jointures traités au chapitre précédent) caractéristiques de la production langagière réelle[11]. L’assimilation est nettement sensible dans les groupes consonantiques. La première consonne peut être partiellement ou entièrement sonorisée ou assourdie. L’assimilation se produit en général au contact de deux mots, mais elle apparait également à l’intérieur de mots, à cause de la chute d’un e muet.

8-1 L’assimilation régressive

L’assimilation régressive ou anticipatrice, très courante en français, désigne la modification d’un son sous l’influence de celui qui le suit. Le second son influence le premier et lui transmet un ou plusieurs de ses caractéristiques. Celui-ci peut se nasaliser, se sonorider ou s’assourdir. Voici quelques exemples :

-      Nasalisation : maintenant [m tən ] → [m nn ]

Sous l’influence de la consonne nasale \n la consonne occlusive orale se nasalise en \n : nous avons une assimilation régressive.

-      Assourdissement : obtenu [ɔbtəny] → [ɔptəny]

Sous l’influence de l’occlusive sourde [t] l’occlusive sonore [b] s’assourdit en [p] : nous avons une assimilation régressive.

-       Sonorisation : anecdote [anɛkdɔt] → [anɛgdɔt]

Sous l’influence de l’occlusive sonore [d] la consonne occlusive sourde se sonorise en [g] : nous avons une assimilation régressive.

 

8-2 L’assimilation progressive

L’assimilation progressive, rare en français, désigne la modification d’un son sous l’influence de celui qui le précède. Le  premier son influence le second et lui transmet un ou plusieurs de ses caractéristiques. Celui-ci peut se nasaliser, se sonorider ou s’assourdir. Voici quelques exemples :

-      Assourdissement : cheval [ʃəval] → [ʃəfal]

Sous l’influence de la constrictive sourde [ʃ] la constrictive sonore [v] s’assourdit en [f] : nous avons une assimilation progressive.

 

Bibliographie

Carton, Fernand. (1974) Introduction à la phonétique du français. Paris, Bordas. (RES).

Durand, Jacques (2005) La phonétique classique : l’Association Phonétique Internationale et son alphabet. In N. Nguyen, S. Wauquier-Gravelines & J. Durand (eds)(2005) Phonologie et phonétique : forme et substance. Paris : Hermès.

Garric N., 2001, Introduction à la linguistique, Hachette supérieur.

 



[1] Frank Neveu, 2004, Dictionnaire des sciences du langage, « linguistique », Armand Colin.

[2] Jean Perrot, 2007,  La linguistique ; PUF « Que sais-je ? ».

[3] Nathalie Garric, 2001,  Introduction à la linguistique, Hachette-Supérieur.

[4] L’alsacien (langue germanique), le breton (langue celtique), le basque et le flamand sont des langues régionales en France.

 

[5] Frank Neveu, 2004, Dictionnaire des sciences du langage, « Phonétique », Armand Colin.

 

[6] Frank Neveu, 2004, Dictionnaire des sciences du langage, « Phonologie », Armand Colin.

 

[7] G. Straka, Les sons et les mots, Paris, Klincksieck, 1979, p. 59-141 : « La division des sons du langage en voyelles et consonnes peut-elle être justifiée ? »

[8] Idem

[9] Argod-Dutard, Op.cit 

[10] Garric, p48.

[11] P76-77



16/02/2016
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