LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

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Chapitre C : Le gestaltisme

1. Le gestaltisme

 

La théorie de la forme, souvent désignée par son appellation allemande gestaltthéorie, s’est développée en Allemagne entre les deux guerres. A partir d'expériences faisant intervenir la perception, l'école de la psychologie de la forme a mis en évidence un certain nombre de caractéristiques de l'apprentissage qui remettaient en cause certains principes béhavioristes à un moment où le béhaviorisme constituait l'école de pensée dominante (surtout aux États-Unis). 

 

À partir de différentes expériences, l'école gestaltiste, fondée par trois chercheurs allemands (Koffka (1935), Köhler (1929) et Wertheimer) au début du XXe siècle s'est attachée à mettre en évidence le caractère relatif de la perception qu'on peut avoir d'un objet. Elle véhicule le principe selon lequel la perception n’est pas objective et qu’elle dépend la fois des attentes du sujet, des caractéristiques de l’environnement dans lequel le sujet est stimulus

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Selon qu'on se focalise sur la forme ou le fond nous percevrons soit une coupe (focalisation sur la forme) soit deux visages (focalisation sur le fond).

 

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En fonction du contexte I3 ne sera pas perçu de la même manière : dans un contexte de chiffres 13 sera perçu comme le nombre treize ; dans un contexte de lettres I3 sera perçu comme la lettre B.

1.1 Formes, Perceptions et Apprentissage

Selon les principes de la gestalt, nos perceptions obéissent à un certain nombre de lois : ainsi une totalité ne peut se réduire à la simple somme des stimuli perçus. Une autre caractéristique essentielle des stimuli mis en œuvre dans une situation d'apprentissage est liée au fait qu'ils sont perçus globalement comme en témoignent différentes expériences mises au point par les gestaltistes.

Par exemple, lors de la lecture d'un texte, les mots sont perçus globalement:

  • Le temps nécessaire pour lire un mot familier est bien inférieur à celui qu'exige la perception séparée de chacun des éléments qui le compose

  • Lors de la présentation très rapide d'un mot (quelques centièmes de secondes), on ne s'aperçoit pas de l'altération voire de la suppression d'une lettre. Pour un mot familier, tout se passe comme si la lettre manquante était réellement perçue.)

Pour les gestaltistes, ce sont les formes qui constituent les éléments fondamentaux et indécomposables de l'activité humaine. La constitution de ces formes répond donc à un certain nombre de principes élémentaires mis en évidence par les gestaltistes. 

 

1.2 Postulats de la gestalt

La gestal repose sur des postulats bien définis : 

1. La perception est souvent différente de la réalité. Par exemple, certains effets lumineux peuvent modifier la perception d’objets et ainsi laisser croire à une impression de mouvements.

2. Le tout est plus grand que la somme de ses parties. Les gestaltistes croient que l’expérience humaine ne peut être étudiée par la conduite de recherches sur différents volets isolés. Une combinaison des éléments peut démontrer un modèle complètement différent de l’étude d’éléments isolés. 

3. L’individu structure et organise ses connaissances. Un individu essaie d’imposer une structure et une organisation à une situation afin de lui donner une signification à partir de ses propres expériences.

4. L’individu est prédisposé à organiser ses expériences d’une certaine manière. Malgré les différences individuelles, certains mécanismes perceptuels sont communs à tous les individus. De ce postulat découlent plusieurs principes :

 

- a) le principe de proximité, qui dit que les individus ont tendance à percevoir des éléments regroupés étroitement dans l’espace comme étant une seule unité. 

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- b) le principe de similarité, qui stipule que les individus ont tendance à reconnaître une unité par une ressemblance avec une autre unité. Les triangles ci dessous seront perçus comme deux ensembles distincts.

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- c) le principe de closure, selon lequel les individus ont tendance à compléter simplement les images qu’ils voient dont certains éléments pourraient être manquants afin de reformer un ensemble signifiant. Ainsi l'image ci-dessous sera perçu comme un rectangle plutôt qu'un ensemble de segments.

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L’apprentissage suit le principe de closure, ce qui implique la formation de traces dans la mémoire qui deviennent plus précises mais plus simples, concises et complètes au fur et à mesure que des expériences sont vécues par un individu. Ce même principe expliquerait aussi les distorsions et les différences de perception entre plusieurs individus.

d) le principe de continuité : des points rapprochés tendent à représenter des formes lorsqu’ils sont perçus, nous les percevons d’abord dans une continuité, comme des prolongements les uns par rapport aux autres.

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L'apprentissage implique une restructuration.

 

1.3 Une conception de l’apprentissage basée sur la restructuration

En mettant l'accent sur la perception globale des stimuli, les gestaltistes remettent en cause l'idée que l'apprentissage est basé sur des associations simples. Pour eux, apprendre c'est organiser ou réorganiser différemment certains éléments; c'est découvrir et établir des relations nouvelles entre des éléments qui jusqu'alors étaient vus comme isolés. Les gestaltistes insistent également sur le rôle actif du sujet dans l'apprentissage. Apprendre pour les gestaltistes c'est avant tout résoudre des problèmes, c'est découvrir une solution appropriée par restructuration des éléments de la situation.

Pour expliquer comment se déroule l'apprentissage, les gestaltistes font appel au phénomène d'insight. L'apprentissage par insight s'oppose à l'apprentissage par association des béhavioristes par le fait qu'il ne repose pas sur un processus d'amélioration continu de la conduite, mais traduit plutôt le passage, souvent brutal, d'un état à un autre qui donne lieu à une restructuration de la perception de la situation. À ce propos, les gestaltistes distinguent deux formes d'apprentissage qu'ils désignent respectivement par apprentissage reproductif (sans intervention de l'insight) et apprentissage productif (avec intervention de l'insight).

Katona précise cette différenciation en mettant en évidence que l'apprentissage reproductif pourrait se développer de façon continue sous l'effet de la répétition alors que l'apprentissage productif réclame un processus de restructuration présentant un caractère discontinu. Les béhavioristes se sont essentiellement préoccupés de la première forme d'apprentissage, les gestaltistes ont choisi de mettre essentiellement l'accent sur la seconde forme.

La théorie gestaltiste à travers des concepts comme ceux d'insight, de prise de conscience, de structure… même s'ils ont soulevé à l'époque des problèmes en raison de leur manque d'opérationnalité renaîtront, après une période de murissement, dans le cadre de conceptions plus modernes de l'apprentissage. En particulier, un chercheur comme Barlett, en faisant appel à la notion de schème pour décrire le processus de mémorisation, annonce clairement les travaux piagétiens.

En s'opposant à quelques-uns des principes de base du béhaviorisme, le gestaltisme va également poser les premiers jalons du modèle cognitiviste qui se développera à partir de la fin des années 60.

 

2. Structuralisme

 

Le structuralisme règne en maître dans le monde de la linguistique au tout début des années 60. Il s’impose en Pédagogie des Langues (expression antérieure à Didactique), notamment dans l’univers du FLE.  Les auteurs de la méthode SGAV Voix et Images de France (1960) s’inspirent directement de ses principes et de ses apports dans leurs procédures méthodologiques visant à travailler l’oral comme dans la conception de maintes batteries d’exercices destinées au laboratoire de langues. Cet article rappelle un certain nombre de préceptes constituant l’essence du structuralisme.

La publication en 1916 du Cours de linguistique générale par des disciples du linguiste genevois Ferdinand de Saussure marque les débuts du structuralisme.  Le structuralisme ne constitue pas une communauté de doctrine. Ce terme s’applique à diverses écoles linguistiques, selon les époques et selon les personnalités ayant marqué tel domaine ou tel courant.

Examiner les dissemblances entre les différentes écoles du structuralisme européen, voir ce qui constitue l’originalité du structuralisme américain ne nous concerne pas ici. Ce qui nous importe, c’est de montrer les convergences qui permettent à ces divers courants de se rattacher au structuralisme, c’est-à-dire à une conception et une méthode d’analyse de la langue impliquant la notion de structure linguistique.

 

2.1. Les disciplines constitutives du structuralisme.

 

Nous allons passer en revue les disciplines constituant ce qu’il est convenu d’appeler le « noyau dur » de la linguistique.

♦ La phonologie établit l’inventaire des phonèmes d’une langue. Les phonèmes sont des formes acoustiques pertinentes qui s’organisent en système, composé d’un nombre limité d’unités, pour une langue donnée.

Un phonème a une valeur fonctionnelle en tant qu’il permet d’assurer la communication. C’est ainsi que /p/, /b/, /m/ sont des phonèmes car ils permettent de distinguer pain, bain, main.En revanche, le « r » roulé ou le « r » grasseyé constituent des variantes non pertinentes : le fait de prononcer mer en roulant le « r » ou en faisant vibrer la luette ne pose aucun obstacle à la communication et ne permet pas de confondre ce mot avec terre, serre, paire, etc. L’étude de ces variantes est du ressort de la phonétique –articulatoire, acoustique, perceptuelle)-.

Certains strucuralistes excluent d’ailleurs a phonétique du champ de la linguistique car son domaine est du ressort de la parole et non de la langue (cf. infra).

♦ La morphologie étudie la forme des mots dans leurs différents emplois et constructions, ainsi que l’interprétation liée à cette forme.

Certains mots se composent d’une suite de sons que l’on peut segmenter en plusieurs éléments qui se rencontrent dans d’autres mots du lexique. Par exemple, –eur se retrouve dans professeur, agriculteur, sénateur… Ces formes sont appelées morphèmes. Ce terme est utilisé de façon globale pour parler des unités porteuses de sens.

Les morphèmes constituent un niveau d’analyse distinct de celui des sons et de celui des mots.

♦ La syntaxe étudie les combinaisons et les règles qui permettent aux mots de se combiner en des unités linguistiques plus vastes appelées syntagmes qui eux-mêmes donnent des phrases. Il existe plusieurs théories syntaxiques qui tentent toutes d’expliquer la forme des phrases.

♦ La sémantique est la discipline étudiant le sens dans la langue. Le sens peut se rapporter à des unités telles que le mot (sémantique lexicale) ou la phrase. La sémantique du discours s’attache à analyser la construction et la progression du sens dans les énoncés. Elle doit tenir compte de nombreux paramètres liés à l’énonciation.

 

2.2 Le principe fondamental du structuralisme

Il peut être énoncé comme un principe d'immanence, en fonction duquel un énoncé réalisé ne peut être analysé qu'à partir de ses propriétés internes. Cela implique qu'on ne peut recourir à des analyses externes, historiques par exemple. L'étymologie en particulier ne sert à rien dans un énoncé du genre « LE GARÇON MANGE LA SOUPE À HUIT HEURES » : peu importe que « mange » vient d'un mot latin du genre manducat, que « soupe » vienne du francique suppa, qui est de la famille du gothique supon, « assaisonner », etc. Ce qui compte, c'est l'étude synchronique, « qui s'occupera des rapports logiques et psychologiques reliant les termes coexistants et formant système, tels qu'ils sont aperçus par la même conscience collective », et l'étude diachronique, « qui étudiera au contraire les rapports reliant les termes successifs non aperçus par une même conscience collective et qui se substituent les uns aux autres sans former système entre eux ». Cela a pour conséquence de remettre l'analyse linguistique au plan de l'énoncé même, et de refuser d'en sortir.

 

Le linguiste travaille sur un corpus qui est la manifestation matérielle de la compétence linguistique d’un ou de plusieurs individus. Le fonctionnement d’une langue dépend en effet de règles que les locuteurs appliquent individuellement sans avoir une conscience explicite du système dont elles dépendent.

Pour décrire ce système et en dégager les règles de fonctionnement, le linguiste observe tout d’abord les comportements linguistiques. En cela, la linguistique est une science empirique. Mais elle est également une science théorique ; sur la base de ses observations, le linguiste construit une théorie ou un modèle destinés à expliquer le fonctionnement de la compétence linguistique. Il doit par conséquent :

  • observer attentivement des manifestations linguistiques concrètes
  • les décrire avec un maximum de détails
  •  construire, à partir des faits observés, des hypothèses, des règles et des lois ;
  • élaborer un modèle linguistique cohérent expliquant le fonctionnement de la langue en s’appuyant sur l’ensemble des hypothèses, règles et lois.

Le linguiste étudie la langueSon objectif est de faire l’inventaire de ses unités constitutives et d’en dégager les règles de fonctionnement à différents niveaux de structures (phonologiques, morphologiques, syntaxiques). La linguistique structurale est toujours taxinomique.

Pour cela, il faut travailler sur ce qui est commun aux usagers d’une langue donnée. La langue est sociale et indépendante de l’individu. La parole, au contraire, est la partie individuelle de la langue. Elle est soumise à diverses variations (régionales, idiosyncrasiques, etc). Son étude reste secondaire tant que les règles générales du fonctionnement de la langue ne sont pas établies et inventoriées.

 

Le signe linguistique.

La langue permet aux individus de transmettre des messages grâce à une unité psychique, inscrite dans l’inconscient des sujets, que Saussure appelle signe. Le signe linguistique se compose d’un signifiant (noté Sa), directement perceptible –par l’oreille, par l’écriture- et d’un signifié (noté Sé), accessible à travers le signifiant, et correspondant à un concept présent en mémoire.

Sa et Sé sont indissociables, l’un ne fonctionne pas sans l’autre.

Pour les personnes non familiarisées avec l’univers de la linguistique, nous rappelons ci-dessous les trois propriétés du signe – l’arbitraire, la linéarité, le caractère discret – et soulignons la différence entre signe et référent.

l’arbitraire du signe.

Il caractérise les rapports entre Sa et Sé. La langue est arbitraire car elle est une convention implicite entre les membres de la communauté qui l’utilisent. Arbitraire = acte conventionnel consistant à associer un son et un sens :

Le mot « chien »

  • ne ressemble pas à un chien ;
  • ne marche pas comme un chien;
  • n’aboie pas comme un chien.

Pourtant, il signifie « chien ».

Pour tout individu, la mémorisation associant le son au sens s’est effectuée dans l’enfance.

Grâce à cette mémorisation standardisée, tous les membres d’une communauté linguistique jouissent d’un énorme avantage : l’aptitude de transmettre presque instantanément un concept d’un esprit à un autre. Arbitraire est synonyme de conventionnel, car le sujet n’a pas la possibilité de faire dépendre de sa volonté personnelle

  • le choix de la forme (Sa) exprimant tel Sé ;
  • le choix d’un Sé pour telle forme.

le caractère linéaire du signe.

Le signe linguistique se déroule dans le temps. Ses éléments peuvent apparaître successivement, jamais simultanément : [baRk] : [b] et [a] ne peuvent pas être prononcés en même temps : on a [ba] ou [ab]. La linéarité est une caractéristique fondamentale des langues naturelles. Tout le mécanisme de la langue en dépend :

–       dans le cadre du Sa, la position respective des phonèmes peut assurer une fonction distinctive :

o   /alp/ : Alpes

o   /pal/ : pale

o   /lap/ : lape

o   /pla/ : plat

–       Dans le cadre de la phrase, la position des mots permet d’identifier leur fonction : Pierre bat Paul / Paul bat Pierre

Le caractère linéaire de la chaîne parlée

  • impose la syntaxe, càd la nécessité de marquer les relations entre les unités afin que l’interlocuteur puisse reconstituer la globalité de l’expérience ;
  • exige une certaine redondance du discours, surtout à l’oral, afin de faciliter la compréhension : on ne peut pas revenir en arrière.

le caractère discret du signe.

Une unité linguistique est définie par sa place et sa position dans le système : c’est en cela qu’elle est discrète. Chaque unité s’oppose à toutes les autres sans gradation.

Exemple : :polvaobaR/

/baR/ s’oppose à tous les autres signes, notamment à « café », « bistrot », « troquet »…

Si on considère les unités minimales composant /baR/ :

/b/ s’oppose à /k/ : « car »

/R/ s’oppose à /l/ : « bal ».

Chaque unité est distincte des autres.

Le caractère discret des unités linguistiques est la condition fondamentale de la segmentabilité des énoncés, càd de découper la chaîne sonore en unités de différents rangs. Le signe est arbitraire et il est imposé à tous les membres d’une communauté linguistique.

Ni l’individu ni la société ne peuvent modifier délibérément le choix qui a été fait :

  • la langue est liée au passé, le poids de la tradition est trop fort ;
  • la langue est tellement complexe qu’il est impossible de la changer dans sa totalité.

Mais le signe évolue :

« voiture » désignait autrefois un véhicule hippomobile ; il est aujourd’hui l’équivalent de « véhicule » ;

« machine à laver » tend à disparaître au profit de « lave linge » ;

« nourrice » est remplacé par « assistante maternelle »

« vendeuse » est concurrencé par « hôtesse »

« vérificateur » au lieu de « contrôleur ».

Le signe et le référent.

Les signes constituent un système autonome indépendant de ce qu’ils nomment. Qu’il soit prononcé ou écrit, le « mot » ne peut évidemment pas être la chose désignée puisqu’il ne s’agit que d’un symbole pour cette chose. Un signe symbolique est une forme donnée qui symbolise et remplace un concept. Ce concept, lui, est relié à un ensemble d’entités appartenant au monde des expériences vécues et des idées.

Le référent

  • est l’entité à laquelle nous faisons référence au moyen d’un mot ;
  • c’est l’objet ou l’être réel qui existe dans la réalité objective, extralinguistique.

Il ne faut pas confondre Sé et référent. Le référent est un fragment de réalité. Alors que le Sé

  • tire une partie de sa valeur de la réalité à laquelle il renvoie mais il n’est jamais identique à cette réalité puisqu’il est arbitraire ;
  • est une RE-présentation de la réalité. Il en retient certaines propriétés ;il en élimine d’autres.

Exemple : le Sé du mot « arbre » :

–       ne tient pas compte de la diversité des arbres du monde

–       ne retient que ce qui est commun à tous :

o   notion

  • de racine
  • de tronc
  • de branchage
  • de feuillage

Le Sé est une abstraction :

  • il simplifie la complexité du réel ;
  • il est mieux organisé que la réalité car il met l’essentiel en évidence et donne un 1erclassement des éléments du monde.

Les Sé varient d’un individu à l’autre alors que la réalité est la même

  • en fonction des expériences individuelles : « neige » dans certaines cultures peut être désignée par de multiples mots en indiquant l’état, la qualité, etc.
  • en fonction du nombre de signes utilisés par chacun. Aucun individu ne dispose du même stock de signes.

Le Sé comprend simultanément des traits

  • que l’on peut mettre en relation avec le référent ;
  • qui expriment la position respective des signes les uns par rapport aux autres dans les systèmes individuels. C’est ce qu’on appelle la valeur du signe.

 Le linguiste structuraliste privilégie l’étude synchronique, soit l’état d’une langue à un moment donné, à l’étude diachronique, soit l’évolution et le devenir de cette langue. En effet, les sujets parlants ignorent tout des lois d’évolution de leur langue et ils obéissent aux contraintes des structures linguistiques de leur époque.

 La langue est un système. Elle est composée d’unités de différents niveaux (rangs). Chaque unité est définie par les relations qu’elle entretient avec les autres unités et l’ensemble du système. Chaque unité se définit par les rapports de hiérarchie, de solidarité et d’opposition par rapport à toutes les autres unités. « Dans la langue il n’y a que des différences » disait Saussure.

Pour certaines écoles relevant du structuralisme, la langue présente un caractère immanent : elle doit être étudiée pour elle-même. Le système linguistique est un système fermé où tous les rapports sont de dépendance interne. Il convient donc d’étudier uniquement des phrases. Tout ce qui relève de la situation de communication ou de l’intention du locuteur est « extralinguistique » et se situe en dehors du domaine de l’analyse structurale

La langue est envisagée comme un code linguistique, soit un système conventionnel(admis par tous) de symboles et de règles permettant de produire et de transmettre un message à un interlocuteur possédant le même code.

C’est pour cela que certains linguistes structuralistes dépassent le principe de l’immanence et considèrent qu’une langue naturelle est un système de communication par excellence. Le locuteur utilise un système restreint de signes vocaux –phonèmes- commun à tous les membres de la communauté linguistique. La combinaison des phonèmes selon les règles propres à la langue permet de former des unités de rang supérieur –morphèmes-. La combinaison des morphèmes en « mots » engendre des syntagmes qui se combinent en phrases.

Ces linguistes considèrent que la fonction première de la langue est de permettre la transmission de messages oraux entre les membres d’une même communauté linguistique.

 

 2.3. Aperçu de la méthode de travail en linguistique structurale.

 

Nous nous fondons sur l’analyse distributionnelle. Les différentes unités linguistiques (UL) d’une langue

  • s’ordonnent successivement sur l’axe syntagmatique (l’axe des combinaisons) ;
  • sont discrètes (distinctes les unes des autres) ;
  • sont en nombre fini ;
  • entrent dans des systèmes d’oppositions sur l’axe paradigmatique (l’axe des choix).

L’identification des UL se fait grâce au test de commutation qui repose sur les deux opérations de segmentation et de substitution.

Il convient donc d’établir l’inventaire des UL, d’en décrire les propriétés et de les répartir selon leurs niveaux (rangs) respectifs.

 

Niveau des phonèmes.

Les phonèmes sont des unités sonores ayant un signifiant mais pas de signifié.

Le test de commutation sur l’axe paradigmatique permet de dégager des unités discrètes : par exemple, dans « mon », /m/ s’oppose à /t/ « ton », /s/ « son », /b/ « bond », etc. De même, / ɑ̃ / s’oppose à /a/, « ma », /s/ « sa », etc.

Au terme de l’analyse, on dégage le nombre de phonèmes d’une langue. Ces phonèmes sont en nombre fini (autour d’une quarantaine d’unités pour la plupart des langues). La succession des phonèmes sur l’axe syntagmatique, selon les règles propres de telle ou telle langue, permet de former les unités de rang supérieur, les morphèmes.

 

Niveau des morphèmes.

On distingue les

  • morphèmes lexicaux ou lexèmes, qui ont un sens plein (signifié très riche) et font partie du lexique de la langue ;
  • morphèmes grammaticaux qui font partie de la grammaire et ont un signifié très pauvre. Le pronom personnel « je » a pour seul signifié « 1ère personne du singulier ».

Le morphème peut être un mot simple ou un affixe. Un mot simple peut apparaître seul et fonctionne comme un morphème « libre ». L’affixe, par définition, n’apparaît jamais seul et a un statut de morphème dépendant ou « lié ».

Le test de commutation permet d’identifier les différent morphèmes.

Sur l’exemple du corpus suivant :

Je mange un bonbon

Il mangera un bonbon

Mangez un bonbon

Ils mangèrent un bonbon

 

a) les formes de « mange mangera, mangez, mangèrent », sont composées de deux unités significatives. On a mang qui est commun à tous ces mots, et e, era, ez, èrent qui diffèrent dans chacun.

b) Si devant e on remplace le segment mang par aval + ecroqu + erecrach + e, ou encore si dans mange on substitue e par un autre segment, une partie du sens demeure, une partie change.

 

D’autre part, tous ce segments se retrouvent dans d’autres mots, chacun avec leur sens. Toutes ces unités composant les mots ont une valeur significative. Ce sont des morphèmes. L’analyse distributionnelle permet d’isoler et de classer tous les morphèmes constituant un syntagme ou une phrase. La méthode peut aussi s’appliquer aux unités significatives non minimales, ce qui permet de voir les substitutions s’opérant entre un morphème et un syntagme.

 

Niveau des phrases.

Soit la phrase « Le facteur apporte une lettre ». L’analyse en constituants immédiats met en évidence qu’elle n’est pas simplement constituée d’une simple succession de morphèmes mais qu’elle est structurée en différents niveaux. La représentation arborescente en fait la démonstration. (P = phrase, SN = syntagme nominal, SV = syntagme verbal, Dét. = déterminant, N = nom).

arbre.jpg

 

Si cet arbre est lu de haut en bas, la hiérarchie des constituants de la phrase va de l’unité supérieure P aux unités plus petites.

Si la lecture de l’arbre s’effectue de bas en haut, elle permet de dégager progressivement les relations syntagmatiques entre les éléments, c’est-à-dire les groupes d’éléments formant des unités syntaxiques. Ceci établit qu’une phrase n’est pas une suite linéaire de mots mais est constituée d’une hiérarchie de groupes syntaxiques s’emboîtant les uns dans les autres pour former des groupes de plus en plus étendus convergeant vers l’unité maximale P.

 

3. Gestaltisme et méthodes audio-visuelles (MAV).

Le SGAV s’est particulièrement intéressé à la théorie de la forme. La conception structuro-globale de l’enseignement des L2 est incompatible avec l’application d’un béhaviorisme orthodoxe ; en outre, elle inclut la composante communication qui émergeait au début des années 60 et à laquelle les béhavioristes ne prêtaient aucun intérêt.

Les sgravistes se sont particulièrement intéressés aux phénomènes de perception. La perception est au coeur de la méthode verbotonale d’intégration phonétique qui fait partie intégrante de la méthodologie SGAV. R. Renard qui a beaucoup théorisé sur le problème donne une longue définition de la perception et conclut en observant : « Tout ceci souligne le caractère global de l’audition, la complexité du phénomène au niveau du cerveau, et, d’une manière générale, l’aspect incontrôlé, inconscient du processus perceptif » – c’est nous qui soulignons – (R. Renard, 1979, p. 27).

 

Les travaux qu’ils mènent dans ce domaine amènent progressivement les partisans de l’approche sgaviste à envisager la perception comme étant une activité complexe combinant trois caractères : dynamique, productif et prédictif. Le sujet qui perçoit génère des activités cognitives qui sont :

globalisantes, car elles prennent en compte l’environnement comme système relationnel. Le langage, en tant que partie de l’environnement, est lui-même global de par ses multiples composantes en interaction naturelle : phonologique, prosodique, morphologique, syntaxique, sémantique…

anticipatrices, car l’environnement présente des régularités qui sont mieux reconnues au fur et à mesure que l’expérience du sujet se développe. Il s’appuie sur elles car il s’attend à leur apparition.

Ces régularités engendrent des attentes perceptives contribuant à la mise en place d’un horizon d’attente. Elles constituent des indices ou des signaux forts favorisant les hypothèses faites par le sujet sur la nature et les propriétés de l’environnement. Elles lui permettent de catégoriser, i.e. de rattacher ces indices ou ces signaux à certaines classes d’objets.

structurantes, le sujet élaborant progressivement un nouveau système de formes.

 

En ce qui concerne les images, un travail très soigné a été mené afin de mettre les élèves en mesure de percevoir la situation en établissant le rapport diapositive-séquence sonore correspondante avec un minimum de risques d’interférences.

 

Le déclin du béhaviorisme et du gestaltisme.

Dès la fin des années 1950, les thèses béhavioristes relatives au langage sont vivement contestées.

▪ L’ouvrage de Skinner Verbal Behavior (1957) est taillé en pièces par Chomsky ;

▪ Le même Chomsky vient de jeter les bases d’une psycholinguistique cognitiviste et même mentaliste où est affirmée la prééminence des activités mentales ou centrales qui échappent par définition à l’analyse des comportementalistes ;

▪ Des liens s’établissent avec les théories de Piaget ;

▪ La psychologie est fortement influencée par la théorie de l’information. Ce qui se passe dans la « boîte noire » est de plus en plus souvent envisagé comme une sorte de traitement de l’information. Le langage n’échappe pas à ces analyses.

 

Le gestaltisme s’essouffle également. C’est ainsi par exemple que les travaux sur la perception menés en verbo-tonale ne permettent pas de savoir ce qui se passe dans la tête de l’élève, en d’autres termes comment il traite l’information auditive. De fait, les verbotonalistes considèrent la perception comme le résultat global d’une activité : c’est ce qui est donné à entendre à travers la production de l’élève. La connaissance des conditions de l’obtention de ce résultat paraît être considérée comme se dérobant à toute analyse. On peut voir dans cette attitude le reflet d’une carence de la Gestaltthéorie. Bonnet (In Dortier, 1999, p 176) écrit que Certains psychologues, dont les gestaltistes, se sont moins intéressés aux mécanismes que l’organisme met en œuvre dans l’acte perceptif qu’aux apparences que prennent les choses dans notre perception […] Ce qu’ils décrivent est le produit fini des traitements perceptifs.

Les gestaltistes ont davantage anticipé qu’ils n’ont démontré certains résultats que le cognitivisme mettra en évidence. Ceci sera développé dans des articles ultérieurs.

 

Le béhaviorisme en didactique des langues appartient-il au passé?

Question insidieuse. Quand on voit certaines activités couramment proposées dans des manuels comme des sites fle, force est de constater qu’ils recourent, sans peut-être même le savoir, à des techniques pédagogiques directement inspirées de la psychologie du comportement. D’autres consignes ou présentations d’activités font irrésistiblement penser à des propositions pédagogiques antérieures aux années 60… Mais c’est là ouvrir un autre répertoire…

 

Éléments de bibliographie.

Dortier, J.-F. (coord.) Le cerveau et la pensée Paris, Éditions

Sciences Humaines, 1999.

Gaonac’h, D. Théories d’apprentissage et acquisition d’une langue

étrangère Paris, Crédif Hatier, coll. LAL, 1987

Gaonac’h, D. (coord.) Acquisition et utilisation d’une langue

étrangère Le français dans le monde, série « recherches et

applications », février-mars 1990

Girard, D. Linguistique appliquée et didactique des langues Paris,

Armand Colin & Longman, 1972

Girard, D. Les langues vivantes Paris, Larousse, 1974



02/01/2017
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