LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

Chapitre 1: langue maternelle, langue étrangère et langue seconde

Notions clé :

Français langue étrangère

Français langue maternelle

Français langue seconde

 

 

Français langue étrangère (FLE) est une expression qui fut créée en 1957 par A. Reboullet en couverture d’un numéro des Cahiers pédagogiques. Les différents composants de la lexie éclairent peu le sens. En effet, le terme français laisse supposer qu’il n’existe qu’une seule variété de français, ce qui est incorrecte quand on sait l’influence des facteurs géographiques, socio- professionnels et institutionnels. C’est pourquoi, cette notion à priori opaque pour les non-spécialistes du domaine gagne à être définie en l’opposant à deux autres concepts : français langue maternelle (FLM) et le français langue seconde (FLS).

 

 

1.      Le concept de langue

 

- Possède diverses définitions linguistiques

- ensemble de variétés langagières (régionales, sociales, professionnelles…)/ seule la variété cultivée est principalement enseignée

- « un système de communication doublement articulé »

Les linguistes opèrent une distinction entre langue et langage. Ils définissent le langage comme instrument de la communication humaine lié à une capacité de l’individu […] et la langue comme la manifestation de cette capacité, en tant que système de signes articulés formant un code admis par tous[1]. (Martinez[2], 1996 :14-15). De ce fait, l’enseignement des langues présuppose à la fois une théorie du langage et une analyse des systèmes linguistiques à enseigner car la représentation de l’un et de l’autre influence, quand bien même on voudrait faire l’économie d’une réflexion, la conception de l’enseignement.

 

 

☻Lire chapitres 3.1 (p.78 à 88), Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, J-P Cuq et I. Grucca, 2003, PUG.

 

 

2. Français langue maternelle :

La présence de l’adjectif maternelle dans l’expression « langue maternelle » traduction du latin médiéval : « lingua materna » désignant un parler « vulgaire », apparu en Europe à partir du IXe siècle, par opposition à la « langue savante » de l’époque (le latin) entraîne une focalisation sur la notion de langue acquise au contact de la mère conformément à l’étymologie du terme et ce au détriment du sens de première langue acquise. Ce glissement de sens se retrouve dans la définition de langue maternelle que donne Le Petit Rober (1998) : « langue maternelle : la première langue qu’a parlé un enfant souvent celle de la mère. » Mais même si l’on reste dans le cadre de cette définition de la langue maternelle comme langue apprise par le biais des interactions avec la mère, corrigée toutefois en étendant les interactions à l’entourage immédiat, ainsi que le fait le Petit Larousse (1998) « première langue apprise par l’enfant, au contact de son environnement immédiat », cette définition est insuffisante pour couvrir toutes les réalités sociolinguistiques. En effet, La situation linguistique est loin d’être homogène et la langue de la mère n’est pas toujours la première langue apprise. Ainsi, les cas de bilinguisme précoce courants montrent que la première langue acquise peut être ni celle de la mère ni celle du père, que l’on songe notamment aux cas des enfants d’immigrés djiboutiens. D’autre part, l’équivalence langue maternelle = langue de la mère achoppe sur la diversité des pratiques culturelles (dans certaines sociétés, l’enfant n’est pas élevé par la mère, mais par une autre famille du clan familial où est utilisé un vernaculaire ou un véhiculaire différents. Enfin, dans les couples mixtes, les parents emploient une langue commune différente de leur langue première et qu’acquiert l’enfant. Pour tenir compte de ces diversités on préfère substituer à l’expression de « langue maternelle » celle de « langue première », certes pas totalement satisfaisante mais plus neutre. La langue première désigne donc la première langue de socialisation, une langue acquise hors situation formelle d’enseignement, par interaction avec le milieu social.

 

3. Français langue étrangère :

 

          C’est d’abord une notion de politique linguistique avant d’être une notion didactique : une langue est dite étrangère dans un pays quand les instances politiques lui attribuent ce statut de langue étrangère, qui est un statut éducatif : elles sont prises en charge par le système éducatif ce qui les oppose à toutes les autres langues dont l’apprentissage est laissé au libre choix de l’individu.

Cependant, il convient de remarquer que la notion de LE recouvre des degrés variés d’étrangeté, de xénité[3] (grec xenos : étranger) pour reprendre l’expression avancée par H.Wenrich (1989) et qui lui sert à designer « l’altérité, l’étrangeté » véhiculé par une langue et une culture étrangère.  Ces degrés de xénité ne sont pas absolus, mais toujours relatif à une langue donnée.

Ainsi une langue peut-être plus ou moins étrangère de par sa distance matérielle, son éloignement géographique, de par sa distance culturelle, de par sa distance linguistique, de par son degré de pénétration linguistique à travers les medias, la publicité, le domaine économique, les relations internationales… qui entraîne une familiarité plus ou moins importante.

 

4. Français langue seconde :

Les concepts de langue maternelle, langue étrangère sont loin de couvrir toutes les situations sociolinguistiques et tous les contextes d’enseignement/apprentissage des langues. Comment catégoriser les cas de ces langues qui ne sont pas langues premières des locuteurs, mais dont la connaissance est indispensable socialement, puisqu’elles sont langues de l’état, de l’administration, de l’enseignement et de la promotion sociale ?

Le concept de langue seconde a donc été introduit pour tenter de rendre compte de cette réalité sociolinguistique. Cette dénomination, que l’on abrègera désormais par FLS, est assez récente. « J.-P.Cuq (1991) la date de 1969 environ, au moment où, dans les anciennes colonies françaises, le développement extrêmement rapide de la scolarisation amène dans les classes des publics d’élèves issus des milieux soit ruraux soit urbains, provenant des quartiers les plus populaires, où les familles n’entretenaient aucun lien particulier avec le français. » (Vigner, 2001 :6).

Les différents spécialistes s’accordent à définir le FLS comme une langue étrangère. Ce lien est particulièrement visible chez Cuq qui dans son ouvrage Le français langue seconde (1991) intègre le concept FLS dans le domaine du FLE. Toutefois, est c’est là toute sa spécificité, contrairement au FLE, le FLS joue un rôle important sur le plan social, éducatif et politique, il s’agit de « la valeur ajoutée ».

Selon Cuq, qui en donne une définition sociolinguistique en insistant sur son statut institutionnel, "le français est langue seconde, partout où langue étrangère, son usage est socialement indéniable" (1991 :133). Par socialement indéniable on entend une langue qui possède un rôle dans la gestion des affaires publiques (langue de l’Etat), généralement reconnue par la constitution qui en préconise l’usage dans les administrations, l’école, la justice comme c’est le cas dans beaucoup de pays francophones tel que Djibouti.

Gérard Vigner émet quant à lui une définition plutôt didactique en soulignant d’abord sa réalité scolaire «  le français enseigné comme langue seconde, c’est d’abord le français de l’école, à ce titre une langue parfois figée, qui fait écho aux livres qu’elle permet de lire. » (2001 :125) puis son rôle dans l’acquisition des savoirs scolaires « il s’agit d’une langue apprise pour apprendre d’autres matières qu’elle-même et qui peut, dans certains pays être présente dans l’environnement économique et social des élèves. ». C’est donc une langue au service de l’acquisition des DNL et donc ayant une dimension transdisciplinaire (1992 :40). En situation de FLS la dimension cognitive prime sur la dimension pragmatique : « en FLE, il s’agit d’apprendre à échanger avec des locuteurs de son âge sur des événements de la vie sociale, en FLS, il s’agit d’acquérir une capacité à représenter par le langage ce que l’on découvre, ce que l’on sait sur le monde, à convertir une expérience personnelle en savoirs, à traiter des informations. La dimension pragmatique de la communication importe ici moins que le sens de la précision, le souci de l’exactitude, la maîtrise des codes par lesquels le savoir prend forme et est mémorisé. » (221 ::123). La didactique du FLS vise notamment à mettre en place des apprentissages démultipliés, à réduire la distance culturelle que constituent les discours scolaires « à la française ».

Ceci, amènera d’autres théoriciens, telle que M.Verdelhan-Bourgade à introduire la notion de français langue seconde langue de scolarisation (FLSco).

Les notions de FLM/FLE/FLE permettent de déterminer des contextes d’enseignement/apprentissage des langues qui exigent un traitement didactique particulier pour chaque situation. On ne peut pas se satisfaire d’une simple transposition des méthodes.

 

Références citées :

Calvet Louis-Jean, 1993, La sociolinguistique, PUF, coll. Que sais-je ?

Calvet Louis-Jean, 1999, Pour une écologie des langues du monde, Plon.

CUQ Jean-Pierre, 1991, Le français langue seconde, Hachette.

PORCHER Louis, 1995, Le français langue étrangère, Hachette.

Ngalasso Mwatha Musanji, 1992, « Le concept de langue seconde » Etude de Linguistique Appliquée, n°88.

VERDELHAN-BOURGADE Michèle, 2002, Le français de scolarisation, pour une didactique réaliste, Puf.

VIGNER Gérard, 2001, Enseigner le français comme langue seconde, CLE International.

-------------------, 1992, « Le français langue de scolarisation », Etudes linguistiques, n°88.

 

-------------------, 1987, « Le français langue seconde : une discipline spécifique », Diagonales, n°4, p42-45, Paris, Hachette-EDICEF.

-------------------, 1989, « Le français langue de scolarisation », Diagonales, n°12, Paris, Hachette-EDICEF.

-------------------, 1992, « Le français langue de scolarisation », Etude de Linguistique Appliquée, n°88, Paris, Didier.

Weinrich Harald, oct. 1989, « Les langues, les différences », Le français dans le monde, n°228.



[1] Saussure la définit comme « un produit social de la faculté du langage et un ensemble de convention nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l’exercice de cette faculté chez les individus. » (Saussure[1], 25).)  

[2] Pierre Martinez, 1996, La didactique des langues étrangères, PUF.

[3] Harald Weinrich, oct. 1989 «  Les langues, les différences », Le français dans le monde, n°228

 

 

 

Annexes

 

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07/11/2016
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