LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

chapitre 1 : Quelques définitions sur l'autonomie en didactique des langues

Le concept d’autonomie entre dans le champ de l’apprentissage des langues grâce au projet de langue du Conseil de l’Europe, établi en 1971. Il est repris par le CECR qui insiste sur la notion d’autonomie. L’apprentissage ne doit plus être perçu comme une contrainte imposée par l’institution mais comme le moyen, d’atteindre un objectif, une compétence. Dans le langage commun, l’autonomie est synonyme d’indépendance, de liberté voire de souveraineté et s’oppose à l’hétéronomie c’est-à-dire à la soumission aux lois extérieurs imposées. En didactique des langues, la notion est centrale dans toutes les formes de méthodes actives centrées sur l’apprenant. 
l’autonomisation s’inscrit dans un courant d’idées qui place l’apprenant comme sujet de son apprentissage. (depuis Platon, Comenius, J.-J. Rousseau, J.-J. Dewey et la théorie de learning by doing, l’utilisation de contrats par H. Parkhust, l’attitude de réceptivité et d’écoute du maître de M. Montessori et les courants de pédagogie active représentés par O. Decroly, C. Freinet, H. Wallon et E Claparède ...)" 
 
En didactique de langue, on distingue trois types d'autonomie : l'autonomie générale, langagière et d'apprentissage.
 

a- L'autonomie générale

Pour comprendre ce que recouvre la notion d’autonomie, commençons par expliciter les définitions issues du sens commun.Dans l'histoire de la pensée, l'autonomie a revêtu en premier lieu un sens politique : il s'agit de l'autonomie d'une nation. C'est à partir des Lumières que l'autonomie apparaît le plus clairement comme la "capacité à se donner à soi-même sa propre loi". Par la suite, on distingue plusieurs registres de l'utilisation de l'autonomie dans les différentes disciplines des sciences sociales et humaines, la notion devient polysémique. L’autonomie est donc un terme aux significations plurielles. Toutefois, l'autonomie semble ne pouvoir être comprise en dehors d'un environnement social, et indépendamment d'une relation aux autres
 
La définition du mot "autonome" par le dictionnaire 1 met en exergue l'étymologie du mot. "Autonome gr. autonomos "qui se régit par ses propres lois" de auto- et nomo "loi"". Une personne autonome est une personne 2 "Qui se détermine selon des règles librement choisies. Individu, volonté autonome".  Le terme se rapproche de l'idée de liberté. Cependant, l'autonomie n'est pas liberté totale, n'est pas anarchie ; elle s'inclut dans le respect des lois. L'autonomie appelle et engage la responsabilité des personnes. 
 
 

b- L'autonomie d'apprentissage

Avec l'essor des théories constructivistes et socio-constructivistes, la notion d'autonomie s'impose dans le milieu éducatif. La centration sur l'apprenant impose de prendre en compte son autonomie dans le processus d'apprentissage. Quel sens prend alors l'autonomie en éducation? Nombreux sont les didacticiens qui ont défini le concept. Nous retiendront celle de Dahmen (1997) : l’autonomie est la capacité à "se prendre en charge et, dans le cadre de l’enseignement, à prendre en charge son apprentissage" ou comme dirait Holec (1997) "la capacité de mener, activement et de manière indépendante, un apprentissage de langue".

 

Comme nous l'avons précédemment souligné, le concept d'autonomie et lié à celui de "responsabilité". En effet, l’autonomie est « la responsabilité (…) de toutes les décisions concernant tous les aspects de cet apprentissage » (Holec, 1979 : 32). Cette capacité à « prendre des décisions en connaissance de cause » (Raynal & Rieunier, 2014 : 101) ou cette « coresponsabilité » des apprentissages, est un objectif d’apprentissage qui s’atteint par « approches successives » (La Borderie, 1991 : 56). Barbot (2000), dans son glossaire, parle de la « compétence d’apprentissage » qui « se développe progressivement, au fur et à mesure que l’apprenant apprend à apprendre » (Barbot, 2000 : 116). Ces prises de décisions progressives liées aux « quoi et comment apprendre », doivent donc être guidées.

 

Nous devélopperons dans les chapitres suivants les implications de cette capacité. 

c- L'autonomie langagière

dans l'enseignement/apprentissage des langues, l'autonomie est également langagière. Pour expliquer ce type d'autonomie, je citerai,  Claude GERMAIN et Joan NETTEN qui dans leur article  "Facteurs de développement de l'autonomie langagière en FLE / FLS" proposent une excellente définition du concept. Il s'agit de "la capacité de l'apprenant de prendre des initiatives langagières et d'utiliser avec spontanéité des énoncés nouveaux lors d'une situation authentique de communication dans la L2"
Pour mieux  comprendre de quoi il s'agit, prenons le cas d'un apprenant de L2 qui n'aurait pas développé son autonomie langagière. Cet apprenant ne recourrait qu'à des phrases toutes faites, des formules stéréotypées ainsi que quelques phrases répétées. Par exemple, imaginons l'interaction suivante entre l'enseignant et un apprenant qui n'a pas encore développé d'autonomie langagière :
Q : - Qu'est-ce que tu as fait hier soir ?
R : - J'ai regardé la télévision, hier soir.
Q : - Quelle émission as-tu regardée ?
R : - J'ai regardé "Star académie"
Q : - Est-ce que tu as aimé cette émission ?
R : - Oui (j'ai aimé cette émission).
Q : - Pourquoi ?
R : - ???
Imaginons un scénario semblable auprès, cette fois, d'un élève qui a développé une autonomie langagière :
Q : - Qu'est-ce que tu as fait hier soir ?
R : - J'ai regardé la télé.
Q : - Quelle émission as-tu regardée ?
R : - "Star académie", au canal 42 (42e chaîne).
Q : - Est-ce que c'était intéressant ?
R : - Oui, j'ai beaucoup aimé ça parce qu'il y avait des artistes de talent.
Dans ce dernier cas, les réponses de l'apprenant montrent la capacité de celui-ci de prendre des initiatives, de prendre des risques avec la langue, de produire des énoncés nouveaux, de soutenir une conversation, et d'utiliser de manière spontanée la L2. Ce sont là, à notre avis, les principales marques d'une autonomie langagière. À cet égard, le développement de l'autonomie langagière apparaît comme le but ultime de l'apprentissage de la L2 en tant que moyen de communication, par opposition à l'apprentissage de la L2 en tant qu'objet d'étude. Dans ce dernier cas, il y a alors confusion, selon nous, entre but (langue = moyen de communication) et moyen d'apprentissage (langue = objet d'étude).

En ce sens, l'autonomie langagière apparaît alors comme un concept central de la didactique des langues, autour duquel gravitent les deux autres concepts apparentés. Selon (Barbot, 2000 : 22), l’’autonomie représente à la fois une finalité et un moyen de l’apprentissage. « L’autonomie n’est plus envisagée comme une caractéristique de l’apprenant à sa sortie du parcours éducatif, mais comme une capacité qui ne peut se développer que par sa mise en œuvre dès le départ dans le processus d’apprentissage » (2012)  « C’est savoir s’y prendre pour définir CE QUE l’on va apprendre en fonction de ses besoins et/ou de l’acquisition déjà réalisée, COMMENT l’on va apprendre (choix des documents et des supports et mode d’emploi de ces supports) et COMMENT EVALUER les résultats atteints ainsi que la pertinence des décisions prises en ce qui concerne le QUOI et le COMMENT.» (Holec, 1988:8))

 

Par ailleurs, il faut noter que  l’autonomie n’est ni une question d’âge ni de niveau mais une question d’attitude et d’adaptation. Des enfants très jeunes peuvent être autonomes comme on le voit dans le primaire (horaires réservés à des activités que l’élève fait dans l’ordre qu’il choisit en s’auto-évaluant…); des débutants en langues font des progrès spectaculaires en travaillant seul.

 

1. Le nouveau petit Robert – Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française – Nouvelle édition / Paul Robert, J.Rey-Debove, Alain Rey, 1998.

2. On trouve aussi une définition qui a trait aux collectivités, aux systèmes informatiques, à la linguistique…

 

Bibliographie

Marie-Josée Bardot, Giovanni Camattari, Autonomie et apprentissages, Presse universitaire de France, 1999.

Marie-Agnès HOFFMANS-GOSSET, Apprendre l’autonomie Apprendre la socialisation, Chronique Sociale, mai 1996.

Roger Brunot, Laurence Grosjean, Apprendre ensemble, pour une pédagogie de l’autonomie, CRDP de l’académie de Grenoble

Camilleri, A. (éd.) (2002): Introduction de l'autonomie de l'apprenant dans la formation des enseignants. Centre européen pour les langues vivantes. Editions du Conseil de l'Europe. (Version anglaise: Introducing learner autonomy in teacher education.) 84 p. en PDF.

Camilleri, G. (éd.) (2002): Autonomie de l'apprenant - La perspective de l'enseignant. Centre européen pour les langues vivantes. Editions du Conseil de l'Europe. (Version anglaise: Learner Autonomy - The Teachers' Views.) 92 p. en PDF.  

Holec, Henri (1991): Autonomie de l'apprenant: de l'enseignement à l'apprentissage. Education permanente 101/1991. 5 p.  

Holec, Henri (1990):<> Autonomie et apprentissage autodirigé.Cahiers de L'ASDIFLE, no 2, 1990



12/02/2017
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