LINGUISTIQUE ET DIDACTIQUE

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Chapitre 3 : La méthodologie directe

On appelle "méthodologie directe" (désormais MD) une méthodologie d’enseignement /apprentissage utilisée en Allemagne et en France vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle. La MD est considérée historiquement par Puren comme la première méthodologie spécifique à l’enseignement des langues vivantes étrangères. Elle résulte d’une évolution interne de la méthodologie traditionnelle et de la méthode naturelle qui a anticipé certains de ses principes. Elle s’inscrit dans un contexte socio-économique et culturel européen marqué par un fort accroissement des échanges économiques, culturels et touristiques. Ceci entraine une demande pour l’enseignement des langues non plus en terme d’accès à une culture étrangère ou de gymnastique intellectuelle, mais en terme d’outil de communication tant oral qu’écrit.
 

1. Hypothèses ou théories de référence

Au niveau linguistique, la méthodologie s’inspire de la phonétique descriptive. On accorde une importance particulière à la prononciation et on considère la langue écrite comme une langue orale « scripturée ». De ce fait, prononciation et correction phonétique dominent. Concernant la nature de la langue, il s'agit d'une langue courante, surtout orale, domine. Une priorité est accordée aux compétences de compréhension et de production orales. L’écrit vient au second cycle.

Au niveau de la théorie d'apprentissage à laquelle elle s'inscrit, la  MD conçoit l’apprenant comme une personne active et non un simple réceptacle de connaissance. La MD s’inspire de l’approche naturelle où l’apprentissage d’une LE est fondée sur l’observation de l’acquisition de la LM par l’enfant. Elle se base sur l’hypothèse suivante : pour acquérir une langue, il faut avoir quelqu’un à qui s’adresser, avoir quelque chose à lui dire et avoir le désir de comprendre l’autre et de se faire comprendre. La MD emprunte aussi à la théorie de l’associationisme qui réduit le fonctionnement général de l’esprit par des mécanismes d’associations d’idées. Ici, l'apprentissage, en particulier l'accès au sens, se fait par association d'image et de sens, de mot et sons.
La place de la culture/civilisation oscille d’une conception où la culture anthropologique (modes de vie quotidien, croyances) se voit attribuer une place conséquente à côté de la culture-cultivée (littérature, histoire, art) à une conception où l’enseignement de la culture/civilisation se réduit uniquement à l’étude de la littérature.
 

2. Contenus

Présentation de la langue

La langue est présentée sous forme de dialogues fabriqués ou de textes littéraires.

Accès au sens de la langue cible :

La méthodologie est dite « directe » parce qu’elle interdit l’accès au sens par la traduction. Cette interdiction de la traduction impose à l’enseignant le recours à des objets, des images, le détours par des gestes et des mimes. Elle mobilise chez l’apprenant l’intuition (association entre les séquences sonores de la LE et la réalité montrée). Cependant l’opinion des méthodologues directs sur l’utilisation de la langue maternelle divergeait : certains étaient partisans d’une interdiction totale (thèse adoptée dans l’Instruction de 1908), tandis que la plupart étaient conscients qu’une telle intransigeance serait néfaste et préféraient une utilisation plus souple de la méthode directe. 

Enseignement de la grammaire :

L’enseignement de la grammaire étrangère se fait d’une manière inductive et implicite (les règles ne s’étudient pas d’une manière explicite). On privilégie les exercices de conversation et les questions-réponses dirigées par l’enseignant.

Enseignement du lexique :

Le vocabulaire occupe une place plus importante que la grammaire. La MD, qui se donne pour but, non une connaissance métalinguistique de la LE, mais une pratique effective de cette langue, s’appuie sur des situations qui vont en s’élargissant de l’univers de la classe au monde extérieur introduit dans la classe grâce à des tableaux muraux.  L’enseignement du lexique, axé principalement sur un lexique  de tous les jours, se fait d’une manière arbitraire et intuitive avec souvent une inflation de termes. Les images et objets de l’environnement servent surtout à présenter le sens des mots concrets, alors que les mots abstraits sont enseignés par association avec les mots déjà connus. A la différence de la MT, les mots sont appréhendés globalement au sein des phrases « (l’élève) apprendra toujours le sens du mot par la phrase et non le sens de la phrase par  les mots » (Puren, 1988 : 148). Il s’agit donc d’une approche globale du sens.

Progression adoptée :

Le contenu est agencé par terme, du connu à l’inconnu, du concret à l’abstrait, du simple au compliqué, du particulier au général.

Schéma de classe :

Il n'existe pas un schéma prédéfini mais quelques constantes sont à noter :
- Jeux de questions-réponses
- Manipulations implicites de structures syntaxiques
- Passage à l’écrit tardif
 

3. Relations pédagogiques

Rôle de l’enseignant :

Il fait accéder au sens, par des supports, des mimes, des paraphrases.

Il sollicite constamment l’intuition des apprenants par des interrogations incessantes.

Il sert de modèle linguistique par ses énoncés que les apprenants doivent imiter. Il insiste sur la correction phonétique des énoncés produits.

Rôle de l’apprenant :

- Réagit aux interrogations des enseignants

- Saisit par intuition le sens et les régularités syntaxiques
- Imite les productions des enseignants
- Répète intensivement les structures syntaxique jusqu’à l’automatisme

Interactions :

L’interaction est principalement orientée de l’enseignant vers l’apprenant mais sont visées aussi les interactions de types  : apprenant → apprenant, apprenant → enseignant

Activités d’enseignement :

Questionnements et conversations

Traitement de l’erreur

L’erreur est évitée et l’autocorrection privillégiée

Evaluation

L’évaluation tant orale qu’écrite porte sur l’usage de la langue : entrevue orale, paragraphe à rédiger sur un sujet déjà étudié.

 

4. Le noyau de la MD

La méthodologie directe se base sur l’utilisation de plusieurs méthodes: méthode directe, active et orale. 
- Par méthode directe on désignait l’ensemble des procédés et des techniques permettant d’éviter le recours à l’intermédiaire de la langue maternelle dans l’apprentissage, ce qui a constitué un bouleversement dans l’enseignement des langues étrangères.
- Par méthode orale on désignait l’ensemble des procédés et des techniques visant à la pratique orale de la langue en classe. Les productions orales des élèves en classe constituaient une réaction aux questions du professeur afin de préparer la pratique orale après la sortie du système scolaire. L’objectif de la méthode orale était donc pratique. Le passage à l’écrit restait au second plan et était conçu comme le moyen de fixer par l’écriture ce que l’élève savait déjà employer oralement, c’est ce que certains ont nommé un "oral scripturé". D’après l’instruction de 1902, la progression vers la rédaction libre passait par la dictée, puis par des reproductions de récits lus en classe et enfin par des exercices de composition libre. 
- Par méthode active on désignait l’emploi de tout un ensemble de méthodes : interrogative, intuitive, imitative, répétitive ainsi que la participation active physiquement de l’élève.
- La méthode interrogative incitait les élèves à répondre aux questions du professeur, afin de réemployer les formes linguistiques étudiées.
- La méthode intuitive proposait une explication du vocabulaire qui obligeait l’élève à un effort personnel de devination à partir d’objets ou d’images. La présentation des règles de grammaire se réalisait également à partir d’exemples, sans passer par l’intermédiaire de la langue maternelle. La compréhension se faisait donc de manière intuitive.
- La méthode imitative avait comme but principal l’imitation acoustique au moyen de la répétition intensive et mécanique. Elle s’appliquait aussi bien à l’apprentissage de la phonétique qu’à celui de la langue en général.
- La méthode répétitive s’appuyait sur le principe qu’on retient mieux en répétant. La répétition pouvait être extensive ou intensive.
- Finalement, l’appel à l’activité physique de l’élève pour la dramatisation de saynètes, la lecture expressive accompagnée par des mouvements corporels, etc. permettrait d’augmenter la motivation chez l’apprenant. 
 

3. Evaluation de la MD

Points positifs

La MD permet d’enseigner une L2 à des apprenants n’ayant pas de L1 en commun et sans que l’enseignant connaisse la langue première des apprenants. Elle met en jeu le corps des apprenants dans sa totalité (lecture expressive, dramatisation, oralisation d’une activité physique). Elle implique une réutilisation constante de ce qui est appris (lexique et syntaxe) et s’appuie sur le connu pour aborder le nouveau. Elle est efficace en contexte non institutionnel avec un public à motivation forte.

Points négatifs

Le modèle grammatical enseigné emprunte à la grammaire normative, basée sur la langue écrite littéraire, en contradiction avec la volonté d’expression orale: « c’est bien toujours de la même grammaire traditionnelle qu’il s’agit, normative, souvent incohérente en raison du caractère hétéroclite de ses outils d’analyse et construite à partir de la langue écrite littéraire » (Puren, 1988: 195). L’enseignement du lexique, faute de critère de sélection verse dans l’inflation. L’approche naturelle et l’associationisme comme théories d’apprentissage ouvrent la porte à l’empirisme. L’exclusion de la traduction fait perdre beaucoup de temps. La langue mise en œuvre est référentielle et non communicative. Les dialogues non justifiés par une nécessité communicative entraînent en fait des faux échanges avec des fausses questions et des fausses réponses.


06/02/2018
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